À la découverte du livre à piles

11 janvier 2010 | par Caroline Allard
visuel de l'article

L’autre jour, j’ai eu un choc terrible. Je déambulais dans la maison à la recherche d’une bonne raison de procrastiner quand ça m’a saisi : je n’ai pas de pile de livres « à lire ».

En effet, sans vouloir me vanter, c’est à peine si j’ai quelques livres en trop. Ma consommation de littérature suit le modèle suivant : je me procure 3-4 livres à la fois, je les lis, et j’en achète ou j’en emprunte d’autres seulement une fois que j’ai lu les précédents. Et je croyais que c’était ça qu’il fallait faire!

Mais voilà que je réalise avec horreur que je ne suis peut-être pas du tout tendance. Autour de moi, les gens parlent de plus en plus de leur pile de livres « à lire ». Mes amis les plus fashion en matière de langue parlent même de leur « to-read pile ».

Et moi, ben, j’en ai pas. Les seules piles de livres que j’ai à la maison sont constituées de livres que j’ai déjà lus et que j’ai eu la flemme d’aller ranger ensuite dans la bibliothèque.

De ne pas avoir ma pile « à lire », d’être aussi peu au fait des us et coutumes du lecteur respectable, je me suis sentie… salie. Mais mon estime de soi a un instinct de survie très fort et aussitôt, les arguments en défaveur de la pile de livres « à lire » se sont mis à débouler dans mon esprit.

Mon argument le plus ravageur, c’est que, forcément, pile « à lire » égale culpabilité. Qui, parmi les amateurs de piles, pourra me jurer qu’il lit tous les livres qu’il se procure? Que faire de ces livres qui, immanquablement, finiront par croupir au bas de la pile pour l’éternité? Je suis persuadée que, rongé par la culpabilité, on finit par éviter du regard ces livres dont les pages n’auront jamais vu une paire d’yeux en face. Peut-être même les offrira-t-on lâchement à une autre victime au prochain Noël, ces maudits livres qui n’ont pas été fichus d’avoir avec nous une relation textuelle complète.

Afin d’en avoir le cœur net, j’ai décidé de confronter un ami qui, j’en étais certaine, était du type à avoir une pile de livres « à lire ». Ainsi, au moment où il s’y attendait le moins, je lui balançai : « Tiens, t’as une pile de livres ‘à lire’, toi, si je ne m’abuse? »

Ne sentant pas le piège se refermer sur lui, il répondit : « Oui, j’en ai même plusieurs. Je te fais faire le tour, si tu veux. »

C’est ainsi que, me glissant avec aisance dans la peau d’une perfide agente double, je me retrouvai dans l’antre de la bête à piles.

« Alors là, t’as ma pile de livres ‘à lire’ pour ma recherche. Quand je vais me décider à écrire mon roman historique sur les mœurs familiales des loutres au 17e siècle, je vais avoir tout le matériel nécessaire sous la main pour y aller rondement. »

« Wow. »

« Ici, c’est ma pile ‘à lire’ de documentation générale. Pas vraiment pour un roman en particulier, tsé, mais chacun de ces livres pourrait m’être utile un jour, à sa manière. »

« L’Encyclopédie du tricot, le Grand Livre des cocktails sans alcool… Hum. Enfin, si tu le dis. » « Pis là, c’est ma pile ‘à lire’ de romans. Dans tous les genres. Ceux que j’ai envie de lire dès qu’ils sont achetés, comme Frisson l’écureuil, mais aussi les autres, ceux dont je me dis qu’il faut les lire pour être sûr de ne pas avoir totalement gaspillé ma vie. »

« Et tu les lis tous? »

« À la longue, presque. »

« Presque. Ça veut dire qu’il y en a que tu ne liras jamais. Tu ne te sens pas coupable envers ces livres dont les pages n’auront jamais vu une paire d’yeux en face? »

« Non. »

Quel sans-cœur.

« Mais… tu fais quoi, avec ces non-lus? Tu vas me les offrir à Noël prochain? »

« Non, t’es folle! On ne sait jamais, un jour, je pourrais vouloir les consulter. »

J’aurais dû me douter qu’un amateur de Frisson souffrirait du syndrome de l’écureuil. « Alors, quoi? Tu entreposes les non-lus dans un tronc d’arbre? »

« Euh, non. Mais pour ne pas que la pile devienne trop haute, je les transfère parfois dans la bibliothèque. »

Je jette un bref coup d’œil à ladite bibliothèque. Les Chroniques d’une mère indigne s’y trouvent en bonne place, mais je sais maintenant que ça ne veut plus rien dire dans ce monde de fou.

« Pis la troisième pile, là, au fond? »

« Euh, c’est ma pile d’‘à lire’ dans le domaine du… »

« DES LIVRES DE CUL! »

« ‘Érotiques’, je te prie. »

« Ils sont ‘à lire’? Ils ont déjà l’air tout usés. »

« Tu… tu te trompes. De toute manière, le fin fond de l’affaire, c’est qu’une pile de livres ‘à lire’, c’est comme un frigo : t’aimes mieux qu’il soit bien garni pour pouvoir choisir ce que tu vas manger selon ton humeur du moment. Un goûter léger, un repas sain, du fast-food, une expérience de haute gastronomie… »

« Des bouchées bien salées… »

« De tout. »

Et je dois bien vous le dire, j’ai trouvé qu’il avait un peu raison. Certes, quand je m’achète deux ou trois livres, je suis certaine que je vais tous les lire. Mais la pile de livres « à lire » a ceci de bien qu’en nous poussant à examiner ce qu’on aura peut-être-envie-ou-besoin-de-lire-un-de-ces-quatre, elle nous aide à sortir de notre zone de confort et à faire des découvertes.

Allez, c’est décidé. Je me dépoussière l’esprit, je sors de mes sentiers battus et rebattus, et je cours m’acheter le Guide du Paris maçonnique et Frisson l’écureuil. Vive les piles, et surtout les piles rechargeables!


Besoin de suggestions de livres à inclure dans votre pile « à lire »? Allez faire un tour du côté des ouvrages en nomination pour les Grands prix littéraires Archambault. Et profitez-en pour voter pour votre livre favori dans la catégorie Grand prix du public!

Publié le 11 janvier 2010 dans: Porte-Parole

Share

3 commentaires

Par Neophyte le 19 janvier 2010
Et bien! J'avoue! Je l'admet! Je suis coupable! J'ai une immense pile "to-be-read". Immense? En fait, c'est une tour de Babel. Je suis une acheteuse compulsive quand il question de livre. C'est si facile quand on reçoit la circulaire en-ligne et que notre compte est déjà créé. Surtout qu'avec 39$, la livraison est gratuite. 39$... c'est juste 3 livres à la fois. Pire encore, (vous commencez à le savoir...) avec le livre électronique, même plus besoin d'attendre la livraison par la poste fébrilement, ça arrive instantanément. Au moins, là, la pile ne traine plus sur la table de chevet, sur le coin du comptoir, sur la tablette de la bibiothèque étiquettée à lire, sur la table à côté de ma berceuse dans le coin de lecture...
Par Ladidaladidaaa le 31 janvier 2011
Dans une autre vie, je fus libraire (c'était la fête lors de la réception des livres en "services de presse"... GRATUIT). Je souffre maintenant d'un manque, que dis-je, d'une profonde insécurité si je n'ai pas une (au moins) pile de livres à lire... que je dois maintenant soit emprunter ou acheter. Le départ en vacances est toujours une torture, avec les décisions de lectures à apporter... je pars avec 3 fois plus de livres qu'un être humain qui ne dormirait jamais pourrait lire. Et j'en achète sur place. Ouaip. L'esprit ZEN m'interpelle, mais pas au sujet des livres lus, à lire, et à relire... Et comme toi Neophyte, la livraison gratuite avec 39$ d'achat a eu son petit effet sur moi !
Par Soizic le 01 février 2011
encore mieux! aujourd'hui la livraison est gratuite à partir de 25$! alors quels sont les prochains livres à empiler?

Laisser un commentaire

captcha

À propos du blogueur

Pochette
Caroline Allard

"Caroline Allard aime bien jouer des tours"

Caroline Allard est née en 1971. Elle a passé son enfance et son adolescence à Saint-Roch de l’Achigan, dans Lanaudière. Ses premières œuvres de fiction ont été écrites dans l’autobus pour faire rire ses amis du secondaire.

Au cégep, elle a ...

Billet(s) récent(s) du blogueur