
Allons-y de quelques questions avec les auteurs de la fascinante série Agrippa!
Depuis quelques années, les éditeurs québécois s’intéressent de plus en plus au fantastique ou à la fantasy.
Les succès d’auteurs comme Anne Robillard (Les chevaliers d’émeraude) pour la fantasy ou de Patrick Senécal pour le fantastique (avec Sur le Seuil et Aliss) ne sont sûrement pas étrangers au phénomène. Les éditeurs ont compris que la littérature populaire, dans le sens « qui vend » peut être écrire et produite ici, et n’est pas l’apanage des traductions ou des auteurs français.
Ceux qui auparavant ne publiaient que du fantastique jeunesse osent publier des œuvres pour un lectorat plus vieux, ce qui amène de belles découvertes, comme la saga Agrippa, publiée chez Michel Quintin par deux auteurs, Jean-Pierre Ste-Marie et Mario Rossignol (travaillant respectivement dans l’industrie pharmaceutique et le recyclage de métaux), qui, depuis sa publication, s’est attirée de bonnes critiques (mes appréciations ici et ici), et a valu aux auteurs une nomination au Prix Archambault. J'ai rencontré les auteurs après la sortie du second tome.
Évidemment, tout roman à quatre mains demande un effort de coordination et de concertation. Pour les deux auteurs, « Le travail se partage de façon assez naturelle. Mario fait beaucoup de lecture, beaucoup de recherches dans des vieux livres, prend des notes, rédige des scènes, imagine des scénarios. Jean-Pierre est plus un utilisateur d’Internet pour la recherche des détails. Il procède aussi à l’écriture finale du texte. Nous concevons un plan sommaire ensemble et ensuite nous repassons chacun des chapitres pour le détailler. Il est assez surprenant de voir à quel point nous sommes sur la même longueur d’onde pour la création de nos histoires. Honnêtement, je ne crois pas qu’il n’y ait jamais eu de désaccord entre nous par rapport à l’écriture. Habituellement, quand l’un propose une idée, il est rare que l’autre ne la trouve pas bonne. »
Le premier tome, Agrippa, le livre noir est un roman fantastique se déroulant dans les années 1920 à Sainte-Clothilde-de-Châteauguay. Un «Agrippa» est un livre immense dont le contenu, dicté par Satan, a été écrit par un homme du nom d’Henri Cornelius Agrippa. Ils renferment l’essence du mal et des enfers et apportent pouvoir et puissance à celui qui en maîtrise un. Or, la famille de John Dwyer a enseveli, au dix-neuvième siècle, un Agrippa dans une église près de Sainte-Clothilde. Dans une note, en introduction, nous apprenons qu’Albert Viau, l’un des personnages principaux, avec le curé Édouard Laberge, un envoyé spécial du Vatican, spécialiste des affaires occultes et magicien « blanc », est le grand-père maternel des auteurs et qu’il a laissé un vieux manuscrit racontant l’histoire de l’«Agrippa» de Sainte-Clothilde. Les auteurs n’auraient fait que retranscrire et « éditer » le texte pour en faire un roman. « La légende du livre noir provenait non seulement de notre enfance mais aussi de notre coin de pays. Albert Viau qui était notre grand-père nous racontait l’histoire du livre magique encrypté dans l’église St.Matthew. L’idée de romancer la légende et de la rendre dans son contexte d’origine nous vint tout naturellement. C’est après avoir mis la main sur des écrits de notre grand-père qui apparaissaient comme des réflexions transposées sur papier que la structure de l’histoire se mit en place. Ce fut en quelque sorte un élément déclencheur. Et puis pourquoi ne pas faire connaître notre région? Rares sont les occasions où on entend parler de la Montérégie, sauf peut-être lorsqu’il est question des Jardins du Québec! La série Agrippa est du coup une occasion de rendre hommage à de très anciennes paroisses qui ont leur juste place dans l’histoire du Québec. Tous les personnages, sauf un (William Black), ont vraiment existés. » nous apprennent les auteurs.
Henri Cornelius Agrippa est un alchimiste allemand qui vécut au début des années 1500 et qui fut condamné par l’église pour avoir écrit un traité d’occultisme De Occulta Philosophia (pour le lire). Les auteurs avouent ne pas l’avoir lu : « Nous avons puisé dans certains passages de l’ouvrage, mais pour être honnête, ni l’un ni l’autre ne l’a encore lu dans son entièreté. »
Le Livre Noir présente plusieurs moments forts, particulièrement dans les scènes d’action. L’affrontement du curé de la paroisse (qui fera appel au Vatican pour l’aider à chasser Black du village) avec des loups menés par Black est excellente, de même que la confrontation de Viau avec un loup-garou et la bataille magique finale entre Black et Laberge, où les deux hommes s’opposent autant par l’esprit que par la magie. « Nous avons un peu tendance à décrire des scènes plutôt que de simplement rédiger des idées. Nous nous efforçons de créer des images avec les mots au lieu de simplement narrer une action. Tant mieux si nous y parvenons! C’est le but recherché! »
Leur auteurs préférés sont diversifiés : « Nous sommes avant tout des lecteurs de romans historiques. Bien sûr nous avons lu Stephen King, Isaac Asimov, Van Gogt, Stephen Lawhead, Marion Zimmer Bradley… Mais il y a aussi Maurice Druon, Mika Waltari, Wilbur Smith, Zola ainsi que Robert Merle, qui nous a beaucoup influencé quant au niveau du français utilisé. Mais il faut dire que nous puisons beaucoup dans les livres anciens. Nous avons amassé au fil des ans une bonne quantité d’ouvrages oubliés à l’intérieur desquels on découvre parfois des trésors. »
Alors que ce n’était pas annoncé dans Le livre noir, un second volume est publié à l’automne 2007 et nous transporte dans le temps. Les auteurs le résument ainsi : « On se retrouve en 1928 et une mission inattendue sera cette fois confiée à Édouard Laberge. Il se rendra en Roumanie afin d’enquêter sur le vol mystérieux d’un livre enchaîné… On y retrouve bien sûr le contexte historique du Québec historique des années 20 et celui aussi de la Roumanie, avec tout le folklore lié à ce pays. Une aventure différente mais fort divertissante, à n’en pas douter! »
Un projet intéressant qui peut sembler lourd entre les mains d’auteurs débutants sans expérience. « Le Livre Noir est notre premier roman publié. Mais nous avion auparavant écrit une lourde saga qui comprenait 686 pages format Lettre, écrit sur une période de quatre ans de 1988 à 1992 et qui, avec du recul, nous apparaît comme une expérience primordiale. Sans elle, Le Livre Noir n’aurait probablement jamais vu le jour. Ce roman nous a permit de découvrir la manière d’organiser le travail, de forger une histoire, de faire des plans, de créer des intrigues. On s’est aussi aperçu que quand on a de l’imagination, on peut la mettre à profit ! »
Et de l’imagination, ils en ont, pour plusieurs volumes! « La série Agrippa ne se termine pas avec une seule suite. C’est une saga qui comporte définitivement une fin bien déterminée. Nous avons élaboré un plan de l’histoire dans son ensemble, dont nous connaissons l’évolution et le dénouement, qui relaterait la vie d’Albert Viau et celle du curé Laberge, à travers une suite de péripéties liées au thème de la magie occulte et des sociétés secrètes. »
En effet, un troisième tome est paru, Le puits sacré, qui se résume ainsi: "Maitias leva lentement les yeux vers la croisée d’arêtes qui se trouvait juste au-dessus du gouffre. Une solide chaîne qui descendait droit vers le centre du puits était fixée à un anneau dont la tige avait été coulée dans la maçonnerie. Au bout de cette chaîne, un livre à la reliure ancienne, au noir des plus profonds, était suspendu et solidement enchaîné. Bien que barbouillé de terre et de sang, le visage de Maitias s’éclaira.
Dans un mouvement impulsif, il saisit le livre à deux mains. Aussitôt secoué de violents tremblements, il se sentit soudé à lui. Maitias ne put réprimer un long cri en saccades avant d’être littéralement aspiré vers un autre monde. Un monde aussi noir que la mort.
Dans ce troisième tome de la série Agrippa, les auteurs vous invitent à suivre les traces du curé Édouard Laberge qui aura pour mission de résoudre le mystère entourant la mort d’un confrère retrouvé dans la crypte d’une abbaye en ruines. Mario Rossignol et Jean-Pierre Ste-Marie vous proposent une véritable aventure épique et fantastique qui explore, avec l’histoire du Québec, celle des terres légendaires de l’Irlande et de la mythologie celtique."
Voilà un résumé qui met l'eau à la bouche... et ce n'est pas terminé, car un quatrième tome paraît cet automne: Le monde d’Agharta.
En attendant, les lecteurs impatients peuvent consulter le site web de la série en espérant y glaner quelques exclusivités !
Publié le 26 octobre 2009 dans: Littérature québécoise, Science fiction/horreur
Auteur de romans pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Intervenant auprès des enfants et des adolescents, grand amateur de littérature éclatée, du fantastique sous toutes ses formes. Écrit des romans qui carburent à l'action et aux émotions fortes.
Soyez le premier à commenter