
Critique du roman « Blaze » de Richard Bachman (alias Stephen King)
Qui ne connaît pas Richard Bachman, le défunt pseudonyme de Stephen King? Le maître incontesté de l’horreur a décidé de « ressusciter » son alter ego, excellent auteur de suspense et polar, pour la publication d’un nouveau roman : Blaze. Écrit entre 1966 et 1973, ce manuscrit a attendu pendant plus de trente ans avant de voir le jour, environ dix ans après Les Régulateurs.
Malgré sa taille impressionnante et sa grande force physique, Blaze n’est pas très futé. Heureusement, son ami Georges prend soin de lui avec ses conseils judicieux et ses plans infaillibles de vols et d’escroqueries. Après tout, il faut de l’argent pour vivre, non? Et bientôt, ils réaliseront LE grand coup, l’ultime, celui qui les rendra riches. Un seul petit problème vient entacher le tableau : Georges est mort.
Dans le même esprit que les autres Bachman, ce thriller relate la descente aux enfers d’un homme abandonné par une société américaine froide et sans compassion. Je me suis attaché rapidement au personnage à cause de son comportement maladroit et de ses pensées d’une telle futilité qu’il m’est apparu impossible de ne pas en rire. Mais Blaze est conscient de ses limites mentales et se questionne souvent à ce sujet, ce qui le rend touchant malgré les actes qu’il commet en suivant les conseils de Georges. La voix de son défunt ami qui le hante ajoute un niveau de complexité au personnage qui rappelle de nombreuses histoires de King (entre autres, « The Lonesome Death of Jordy Verrill », segment de Creepshow, où un attardé mental avait constamment des conversations avec son défunt père).
Blaze compte plusieurs retours en arrière. Au fil des souvenirs du personnage, à chaque page lue, un morceau supplémentaire du casse-tête se place, un morceau de plus vers la compréhension totale de l’esprit de Blaze. Ce jeu entre le présent et le passé m’a tenu en haleine jusqu’à la dernière page et j’y ai reconnu, encore une fois, la trace d’anciennes œuvres de King (Ça, entre autres). Comme dans la plupart de ses histoires, j’ai relevé quelques références intertextuelles à son univers : deux fois, on mentionne la prison de Shawshank, pour ne nommer que celle-là.
L’intrigue m’a semblé bien construite mais c’est surtout à cause de son personnage confronté à ses souvenirs et ses tourments que Blaze se révèle un polar riche en émotion et une belle surprise de la part de King… ou dois-je dire, Bachman? Vu l’âge de l’auteur et le long intervalle qui sépare chaque publication du pseudonyme de King, doit-on supposer qu’il s’agit là de son dernier, ou assisterons nous à une autre « résurrection » dans les prochaines années?
Publié le 07 décembre 2009 dans: Science fiction/horreur
Auteur d'histoires de peur en romans (Ombres, Nocturne, Cris de Sang, Déguisements à vendre), en novella (La légende de McNeil) et en nouvelles (publiées dans plusieurs revues québécoises). Également critique pour les revues Solaris et Clair/Obscur. Et éditeur pour la maison d'édition Les Six Brumes. http://aveugle ...
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