
Tiens, est-ce que je vous l’ai annoncé? Depuis novembre dernier, j’essaie de vivre de ma plume. Enfin, des touches de mon clavier, parce qu’écrire avec une vraie plume, ça fait longtemps que ça ne m’est pas arrivé.
Ouais. J’ai décidé de vivre de mon art.
Glamour, hein? Romantique. Bohème.
Sauf que vivre de notre art, mesdames et messieurs, ça n’est pas si glamour que ça. Comme disait Stéphane Dompierre sur un récent statut Facebook : « Si tu veux vivre de ta plume, fourre-toi là dans le cul pis va danser chez Parée. »
Non, je ne suis pas ici pour vous avouer que j’exhibe mes charmes enivrants en m’enroulant autour d’un poteau chromé dans une pièce aux murs en miroir. Je ne pourrais jamais vous dire ça, ma mère me lit. Mais par contre, je peux bien admettre que c’est toute une aventure, essayer de vivre de sa plume.
Bon d’accord, je pourrais vivre un an de mes droits d’auteur de Mère indigne. Un an, dans la simplicité volontaire. Et uniquement grâce à la publicité faite par la webtélé. Mais après ça? Un livre peut bien être un best-seller pendant quelques mois, mais pendant plusieurs années? Rarissime. Vivre pendant longtemps sur un gros succès, c’est l’exception. Et même en publiant un roman bon an mal an, les auteurs qu’on dit « à succès » ne se vautrent pas vraiment dans le luxe et l’opulence. Pas pantoute, même.
En fait, vivre de sa plume au Québec (et, je le soupçonne, un peu partout sur la planète), c’est, si on a de la chance comme j’en ai en ce moment, vivre de sa « para-plume », c’est-à-dire de tout ce qui a rapport avec notre écriture sans être nos livres eux-mêmes. Des chroniques, commandes et contrats divers pour les magazines, les journaux, la télé, des shows. Des panels, des conférences, des entrevues, des animations, une job de porte-parole... À travers tout ça, les droits d’auteur, ce n’est pas le plat principal mais plutôt la cerise sur le gâteau!
En fait, l’ironie de la chose, c’est que j’ai pris du retard dans mes projets littéraires pour arriver à vivre de ma plume. Mais est-ce que je m’en plains? Mon Dieu, non. J’ai toujours aimé faire plein de trucs et je vous garantis qu’en ce moment, je fais plein de trucs. En plus, j’ai l’absolue liberté de refuser ou d’accepter un contrat, de décider de démarrer ou non un projet. Je gagne de l’argent en écrivant des niaiseries, qu’est-ce que je peux souhaiter de mieux? Oui, la job d’auteur est extrêmement précaire, mais c’est aussi la plus stimulante que j’ai jamais faite.
Et une fois que tout ça est dit, on comprend aussi que les prix littéraires ont une importance pas seulement honorifique, mais monétaire, dans la vie d’un auteur. Je trouve vraiment intelligent qu’Archambault ait décidé de donner un prix en deux volets : d’abord pour un auteur de la relève, qui a peut-être besoin de ce coup de pouce financier pour terminer (ou commencer!) un deuxième roman, mais aussi pour des auteurs confirmés qui, pour la grande majorité, vont utiliser les sous gagnés non pas pour se faire des bains de caviar mais pour joindre les deux bouts.
Pis vous, de votre côté, prenez la peine d’aller voter pour votre livre préféré ici ou dans les magasins Archambault! Contribuez à la gloire, mais aussi au budget d’un écrivain! Parce qu’un auteur bien nourri, c’est un auteur qui écrit.
Publié le 24 février 2010 dans: Porte-Parole
Auteure des Chroniques d'une mère indigne, tome 1 et 2, et porte-parole du Grand Prix Littéraire Archambault ainsi que du Grand Prix de la Relève Littéraire Archambault.
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