
Des romans pour accrocher les jeunes lecteurs pour qui les romans jeunesses sont dépassés et qui n’accrochent pas sur les romans plus sérieux de l’âge adulte. Une narration axée sur l’action, des histoires qui frappent, qui décoiffent, qui traitent de sujets adultes, mais sans nécessairement philosopher.
Premier livre d’Ed H Bond, Prison de poupée ne surprendra pas les lecteurs qui ont déjà croisé la plume et la verve si particulière de l’auteur. Chroniqueur et nouvelliste depuis quelques années (sous ce nom et celui d’Edouard Hardcore; on se souviendra de sa nouvelle « Maudit », dans Solaris #155), Bond écrit dans une langue bien à lui, un joual actualisé, teinté d’anglicismes et dérivé de la langue parlée. Bref, un style où la vulgarité n’est jamais loin, au grand plaisir du lecteur (ou au grand déplaisir du puriste!).
Ici, le style de Bond sert une histoire trash, violente, où le sang et le sexe (ne manquerait que le sport pour vendre des milliers de copies, dixit Québécor) qui se déroule dans la prison pour femmes de St-Jean-de-Matha, dans Lanaudière, prison à sécurité maximale où les détenues n’ont aucun droit et où les gardiennes obéissent à Madame la Directrice, surtout au moment de torturer, violer, violenter, frapper ou humilier leurs pensionnaires.
Nous suivons ici la détenue numéro 665, Véronique, incarcérée pour avoir, avec son chum et sa sœur, kidnappé, volé, violé et tué un couple après consommation excessive de cocaïne. Arrivent avec elle en même temps Suzie, qui, tombée amoureuse d’une fille après une aventure d’un soir, n’a pas toléré le rejet et a tué la dite fille et sa famille, ainsi que Zoé, la cannibale de Repentigny, qui ne parle pas et ne fait que grogner… et qui adore dévorer vivantes ses victimes.
De l’entrée à la prison (douche froide, examen particulier par la médecin) jusqu’à une tentative d’évasion, l’histoire nous est racontée par Edouard Bond le personnage, car le roman est présenté comme le résultat d’un reportage réalisé par l’auteur (même l’éditeur embarque dans le jeu en préfaçant d’un mot d’avertissement sur la mission des Coups de tête!). Donc, ce Ed est undercover à la prison, sous le prétexte de faire des travaux communautaires, et il nous livre l’histoire de Véronique par bribes, entre différentes digressions sur d’autres personnages, dont Zoé la cannibale et Madame la Directrice. Bref, de la langue utilisée aux personnages, tout est mis en place pour que le lecteur ne puisse décrocher du roman, véritable page turner dont le lecteur ne peut décrocher. On en prendrait plus, tout en se demandant si ces « j’ormarque » et « dins » pourraient soutenir une œuvre plus longue.
Au final, l’impression qui se dégage du roman est persistante. Les scènes de violence/pornographie forment un bel hommage aux films de série B (quoique B est peut-être généreux pour les films de cet acabit), à la manière du Grindhouse de Tarantino et Rodriguez, zombies et cascades de voiture en moins.
Je surveillerai cet auteur et je lui souhaite de continuer a publier des récits si percutants!
PS: Il publie "J'irai de crosser sur vos tombes", un livre électronique, j'ai Robertneveutpaslire.com (sous forme de feuilleton) et son second livre papier, "Maudits!" sera en librairie fin août.
Publié le 05 août 2009 dans: Littérature, Littérature québécoise
Auteur de romans pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Intervenant auprès des enfants et des adolescents, grand amateur de littérature éclatée, du fantastique sous toutes ses formes. Écrit des romans qui carburent à l'action et aux émotions fortes.
Soyez le premier à commenter