Dédé à travers les brumes

06 août 2009 | par Marie Birrien
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Espoir embrumé, brumes sur fond noir, cœur léger de brume, ambiance folle du quai des Brumes… Dédé à travers les brumes est de ce genre de film qui vous hante les quelques heures voir quelques jours après son visionnement.

Jean-Philippe Duval signe là son deuxième long métrage et redonne vie au célèbre chanteur iconoclaste André Fortin, interprété par Sébastien Ricard. Amitié fulgurante, âme ambivalente du personnage et réalisation très captivante.

Habilement conçu autour d’une double trame chronologique entrelaçant fin et début, le film raconte la vie d’un jeune homme fraîchement arrivé du Lac Saint-Jean qui rencontre dans le métro Patrick Esposito, jeune baroudeur français sifflant l’harmonica comme un merle. Une amitié d’une intensité redoutable jaillit et donnera naissance au célèbre groupe Les colocs. L’amour nous donne des ailes. Quand est-il de l’amitié ? Les jours restants à vivre à Patrick sont comptés puisque ce dernier est atteint du VIH. Dédé Fortin sera alerte à cet état d’urgence puisqu’il mettra tout en œuvre pour que son schum enregistre un album avant qu’il ne soit trop tard. Pourquoi Dédé s’est-il autant donné pour Pat et ne s’est pas laissé guider par lui-même ? Est-ce son instinct protecteur ou salvateur vis-à-vis des démunis? Son admiration pour le talent de blues man de Patrick ? Ou encore la complicité entre les deux hommes laissés à eux-mêmes dans la grande métropole ? L’amitié illustrée dans le film est saisissante tant Dédé agit de sorte à rendre le sort de Patrick meilleur et l’accompagne avec grande dévotion jusqu’à sa mort. Cette amitié sera motrice pour la création du groupe.

Au cœur de Dédé Fortin, viennent pointer des flèches d’enthousiasme, d’énergie débridée, de franc-parler ainsi que de profonde tristesse. Si la musique festive de Julie ou Passe moé la puck illumine son impétuosité, la profondeur des paroles de Belzébuth vient faire écho au destin tragique du chanteur. Lorsqu’il arrive à Montréal, Dédé profite de l’effervescence artistique montréalaise. Sa curiosité insatiable et sa créativité l’emmèneront à découvrir la cinématographie. Il mettra sur pied des techniques d’animation uniques inspirant toute une génération. Il fréquente le cercle des « Cha Cha and the chain gang » et s’éprend pour Nicole Bélanger. Il tombera vivement amoureux de cette jeune graphiste avant de rencontrer Sophie Lajoie, une danseuse l’initiant au rythme des claquettes. « J’ te dis qu’à soir dans mon ptit cœur y fait fret… J’ai jamais dit je t’aime tout court. J’ajoute toujours quelque chose après. C’est comme ça qu’on voit si on est en amour. Je t’aime beaucoup ça fait moins vrai… Bin oui regarde don j’ai 35 ans. Je sais j’en ai pas l’air, j’suis encore plus jeune par en dedans. L’amour, la mort puis tout, c’est des questions trop grandes pour moi. » Une vulnérabilité saisissante émerge de la chanson Sur mon répondeur. Dédé apparaît comme un éternel enfant, fuyant les engagements. Au bonheur amoureux, succèdent des longues périodes de solitude dont il ne se remettra pas à l’aube de la quarantaine. Dédé le fervent souverainiste subira également le choc du deuxième référendum en ne pouvant se résilier à un Québec non indépendant. Impasse de la maladie, solitude, amour échappé et déception identitaire politique marqueront à jamais sa peine.

La réalisation du film est prometteuse. Si le film est clairement une fiction avec l’interprétation donnée de Sébastien Ricard, c’est aussi un récit biographique fondé sur un long travail de recherche jumelé à l’expérience de Jean Philippe Duval en tant que réalisateur de documentaires. La fiction vient romancer l’histoire sans dénaturer la vérité. Certains épisodes sont moins abordés afin de respecter la durée du film cependant le spectateur baigne profondément dans l’univers des Colocs dès la première minute. Avec la magnifique animation du début sur le chat Belzébuth ainsi que l’épisode de Dédé arrivant à Montréal, le réalisateur fait un beau clin d’œil aux techniques d’animation innovantes de l’artiste. Sébastien Ricard se fond dans la peau du personnage en interprétant talentueusement plus d’une dizaine de chansons. Les timbres de voix et notes sont si ressemblants qu’on se demanderait si ce n’est pas la voix de Dédé Fortin remastérisée. Sébastien donne ainsi la réplique à Claudia Ferri, interprétant une Chacha rock and roll; Bénédicte Décary incarnant une Nicole sensible. Cette dernière est aussi montée sur les planches du TNM dernièrement en tant que Suzanne du Mariage de Figaro. Mélissa Désormeaux Poulin révèle une Sophie nature et féminine, Joseph Mesiano reflète un Mick sympathique et bon vivant. Enfin, Dimitri Storoge joue un Pat émouvant à l’aube de la mort. Et pour conclure avec le mot du réalisateur « Il voulait comme beaucoup de jeunes adultes de cet âge réinventer le monde, mais Dédé était certainement le plus idéaliste, le plus rêveur et le plus grand poète de nous tous. Porter l’histoire d’André Fortin au cinéma correspondait à ce registre intime essentiel qui me fit dire que j’étais avec ce film-là où je voulais être, un témoin passionné de la société dans laquelle je vis… La piste à suivre était maintenant claire : faire un film de cœur et de tripes, un film hommage, sans flafla ni fioritures, avec inventivité et intensité, sans compromis ni racolage, avec tout le respect que je lui devais, avec ma vision d’artiste, imparfaite et entière. »

À vous d’en juger ! Un film à voir !

Quelle est votre chanson préférée des Colocs. Deux copies du film à Gagner!

Publié le 06 août 2009 dans: Drame

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3 commentaires

Par antoinepierpont le 06 août 2009
Tout à fait d'accord avec vos propos au sujet du film. J'ajouterais simplement que le spectacle des francofolies,(les vrais Colocs) lundi soir était exceptionnel... foule immense, atmosphère joyeuse avis aux intéressés, les Colocs et leurs amis font refaire ce spectacle au festival de Beloeil... je pense que c'est vendredi le 14 août prochain.
Par Sylvie le 09 août 2009
Dehors novembre!
Par Julie le 10 août 2009
Julie... devinez pourquoi!

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À propos du blogueur

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Marie Birrien

Je suis née à Brest, en France en 1983, j’ai grandi entourée de l’océan atlantique et de la chaleur des bretons. Avec un père baroudeur et une mère ouverte sur le monde, j’ai été élevée dans une atmosphère qui porte à découvrir d’autres univers, à sortir ...

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