Epizzod: Pavel

07 août 2009 | par Mathieu Fortin
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Une collection de feuilletons pour ados.

Intrigué par la nouvelle collection des éditions de La Courte Échelle, j’ai glaner de l’information sur le Web tout en demandant à en recevoir les premiers volumes, tout en On m’a donc fait parvenir les quatre premiers épisodes de la série Pavel, de Matthieu Simard.

Mais d’abord, quelques mots sur la collection : Epizzod, c’est six auteurs qui ont accepté d’écrire un roman-feuilleton en treize épisodes, publiés à intervalle de deux semaines. Les deux premiers braves à se prêter au jeu sont Matthieu Simard et André Marois, avec respectivement Pavel et Les Allergiks. L’identité des quatre autres participants n’a pas encore été dévoilée. Les auteurs sont associés à des illustrateurs qui offrent un résumé de l’épisode précédent sous forme de deux pages de style BD en début de livre.

Matthieu Simard est en à ses premières armes en littérature pour ados, mais il a dans ses manches des atouts intéressants : il privilégie toujours une écriture sobre très maîtrisée au service de réflexions cocasses et comiques tout en parsemant ses textes de néologismes québécois imaginatif (j'en ai parlé ici) Tout pour plaire aux ados/jeunes adultes, qui forment la clientèle visée par Epizzod.

Première remarque : les petits livres sont superbes! Illustrations qui ont du style et qui n’en dévoilent pas trop sur l’intrigue, titres accrocheurs (Plus vivant que toutes les pornstars réunies, Les gens qui pognent, c’est des épais), résumés intrigants… Dès le départ, on sait que le narrateur est Martin, garçon de seize ans, en cinquième secondaire, qu’il est amoureux d’Anouk, qu’il abhorre Paiment et sa gang, qu’il déteste son frère et qu’il fera la rencontre de « Pavel, le plus mystérieux des gars de seize ans », un nouveau au collège.

Le principe de la série semble assez simple : Martin raconte ce qui lui arrive (ou est arrivé), centrant son récit autour de Pavel et d’Anouk, ou de souvenirs en rapport avec les situations qu’il vit. Pavel est réellement mystérieux : on ne sait rien de lui, mis à part son nom et le fait que tous ses vêtements sont brodés de croix à l’envers et du mot PAX. Il devient vite la risée des autres, et Martin, pourtant timide et porté à s’occuper seulement de ses affaires, défend Pavel et devient son ami.

Sauf que Pavel… Disons que son histoire n’est pas claire. D’abord parce qu’en quelques jours il a appris le français, lui qui provient de Russie et ne connaissait rien de la langue avant de prendre l’avion. Ensuite parce qu’il semble capable de provoquer un genre d’épaississement de l’air quand il vit une émotion intense, comme si son malaise se transmettait à l’air ambiant. Peut-il réellement deviner des choses qu’il ne peut pas savoir? Après les quatre premiers épisodes (l’équivalent de quatre gros chapitres, en somme), le lecteur n’en sait pas plus.

Que faut-il penser de ces petits épisodes? Tout d’abord, c’est lent, et c’est malheureux, parce qu’un rythme rapide servirait mieux le principe de la collection. Simard écrit bien et suscite l’intérêt, c’est certain. Sa plume est alerte, drôle, vive, mais en quatre épisodes, il ne se passe pas grand-chose; disons que la construction de l’univers de Martin est faite toute en demi-teintes, au fil des pensées de ce dernier, ce qui donne des réflexions intéressantes, mais qui retarde aussi l’évolution du récit. Les personnages de Matthieu Simard sont très bien définis : Martin est plus vrai que vrai dans ses réflexions adolescentes, dans son désir d’être aimé, dans son besoin de définir sa gang, d’expliquer le monde qui l’entoure. Au fond, c’est peut-être l’amateur de fantastique en moi qui souhaiterait en savoir plus sur Pavel, le comprendre, le connaître, et c’est ce qui me donne envie de continuer à lire la série. On peut donc conclure que les premiers tomes ont atteint leur but , en ce sens que le lecteur veut savoir ce qui va se passer, mais j’aurais quand même souhaité que la plongée dans le fantastique soit plus franche, ou plus rapide!

Dernière petite chose : si le concept du feuilleton est intéressant, avec parution aux deux semaines, un détail d’importance accroche : le prix. 7,95$ pour une quarantaine de pages au contenu très aéré, c’est cher, très cher. Bonne nouvelle, les Epizzod sont maintenant au coût de 5$, ce qui fait que le total est relativement abordable, mais tout de même cher pour le nombre de "pages" totales. En fait, plus de 60$, ce qui demeure énorme considérant qu’on aura droit à environ 85 000 mots (Matthieu Simard parle, sur son blog, d’environ 6000 mots par épisode; j’en ai mis un peu plus, pour avoir une estimation « optimiste »), donc pas plus qu’un roman de taille moyenne.

Si j’étais vous, j’attendrais l’édition « reliée » qui verra peut-être le jour après la parution des 13 chapitres...

Publié le 07 août 2009 dans: Littérature, Littérature québécoise, Jeunesse

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Mathieu Fortin

Auteur de romans pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Intervenant auprès des enfants et des adolescents, grand amateur de littérature éclatée, du fantastique sous toutes ses formes. Écrit des romans qui carburent à l'action et aux émotions fortes.

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