Le cinéma québécois est souvent confiné à deux catégories: comédie et drame.
Il est rare de voir les artisans cinématographiques d'ici s'aventurer dans d'autres genre, comme la science-fiction, le fantastique ou l'horreur. À preuve, vous pouvez sûrement compter sur vos deux mains le nombre de films ayant été produits ces dernières années qui s'apparentent à ces genre. Alors lorsqu'un suspense qui flirte avec le super-naturel et l'horreur prend d'assaut les écrans québécois, il est normal que le film devienne un phénomène malgré lui. D'ailleurs, si vous n'avez toujours pas entendu parlez de Sur le seuil ou de Patrick Senécal, c'est que vous vous êtes volontairement mis la tête dans le sol telle une autruche.
Car qui n'a pas vu aux nouvelles ou dans les journaux en 2003 ces photos d'un Michel Côté barbu rampant dans dans couloirs ensanglantés d'un hôpital, ou d'un Patrick Huard aux doigts sectionnés? Des images qui avaient tout pour piquer la curiosité des amateurs de cinéma d'ici.
Sur le Seuil nous raconte l'histoire de Paul Lacasse, un psychologue blasé (incarné par Côté) qui ne semble plus du tout s'en faire avec ses patients et leurs problèmes. Arrive alors un célèbre écrivain du nom de Thomas Roy (incarné par Huard), cas qui laisse le docteur perplexe: l'homme a tenté de se suicider après s'être sectionné les dix doigts. Depuis, l'auteur ne dit plus un seul mot à personne. Lacasse laisse aller les choses jusqu'à ce qu'un journaliste lui refile le journal personnel de Roy, qui regorge de nouvelles journalistiques soulignant des drames mortels. Des nouvelles qui s'apparente drôlement aux récits écrit par Roy. Rien de bien spécial... jusqu'à ce qu'on informe Lacasse que Roy a chaque fois publié ses histoires avant que les drames ne se produisent.
L'intrigue imaginée par Senécal est brillante pour le genre et mélange à merveille les éléments du fantastique et de l'horreur. Si vous êtes fans du genre, vous risquez d'apprécier, même si d'autres films à l'international et aux États-Unis ont déjà abordés l'idée d'individus soudainement devenu prophète de catastrophe. Pour le cinéma québécois, le tout laisse une sensation de fraîcheur dans un paysage cinématographique qui tourne toujours autour des drames traitant des relations difficiles entre parents et enfants ou encore des comédies.
Pour son premier long métrage, Éric Tessier réussit à créer un atmosphère intéressant, quoique parfois inégal. On pourrait souligner que l'hôpital psychiatrique aurait pu être un environnement encore plus étouffant, histoire d'amplifier l'idée d'isolement que ressent Lacasse ou simplement pour rendre les rencontres entre le docteur et Roy plus intenses. Mais il aurait été facile de tomber dans la caricature de film d'horreur.
Ce qui vient en partie ruiner l'atmosphère du récit, c'est le jeu de quelques acteurs et certaines scènes plutôt mal livrées. On pense ici à Catherine Florent, très distrayante dans le rôle de la collègue du Dr. Lacasse, Jeanne Marcoux. Son jeu inégal vient souvent briser le rythme d'une scène. Jean-François Bergeron, dans le rôle du Père Boudreault, a aussi le don de livrer ses lignes de manière douteuses. Des moments censés être chargés de mystère et de tension tombent souvent à plat lors des scènes de «flash-backs» du à ce jeu peu inspiré de Bergeron.
On peut imaginer que l'inexpérience de Tessier est peut-être en partie responsable de ce résultat, le réalisateur n'ayant eu que la série 3 x rien sous la ceinture avant de s'attaquer à Sur le seuil. Certains passages en sont la preuve et font légèrement grincer des dents. Les rencontres entre l'agent de Roy et le Dr. Lacasse dans le bureau de ce-dernier en sont un bon exemple, alors que les répliques sont souvent récitées sans grande conviction et que le rythme est beaucoup trop rapide.
Même si Sur le seuil est parsemé d'anicroches, reste que l'on sort tout de même de l'expérience avec une impression positive. Comme si la résultante était plus importante que tous les petits points négatifs. Vrai que le jeu des acteurs auraient pu être beaucoup mieux et que certaines scènes auraient méritées d'êtres retravaillées. Mais au final, on se retrouve avec un film d'horreur et de fantastique passable qui divertit malgré tout. On espère simplement que le film de Tessier aura été en mesure d'inspirer des artistes du 7e art à eux aussi s'aventurer dans des genres beaucoup trop ignorés du cinéma québécois.
ATTENTION: l'extrait ci-dessous contient quelques «spoilers».
Publié le 11 mars 2010 dans: Horreur
Né en 1985 avec une imagination débordante qui fut nourrie par les nombreuses des mondes étranges créés par le Nintendo Entertainment System, je tente désormais de laisser libre cours à celle-ci à travers le monde des arts.
Étudiant en Design graphique à l'Université Laval, je continue de nourrir mon ...
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