
Vous avez remarqué? Ma note de blogue arrive un peu tard cette semaine. Je le sais. C’est que, voyez-vous, chers amis, je procédais à une expérience scientifique.
J’ai décidé d’élucider, pour vous et pour la multitude, les mystères d’une maladie qui afflige un peu tout le monde en général et les auteurs en particulier, j’ai nommé : la procrastination.
Ainsi, pendant les jours où j’aurais dû consacrer du temps à écrire ce billet de blogue, je procrastinais. Mais je procrastinais intentionnellement, fermement, et avec un sang-froid exemplaire. Pour l’amour de la science, j’ai procrastiné méthodiquement. Et c’est pleine de ma générosité habituelle et du sentiment du devoir accompli que je vous livre ci-après mes conclusions.
D’abord, procrastiner demande beaucoup d’énergie, ne serait-ce que parce qu’il est psychologiquement très inconfortable de procrastiner en ne faisant rien. Le procrastinateur cherche avant tout à oublier la tâche qu’il repousse, et ce n’est pas en restant avachi sur le divan qu’il y parviendra. Par conséquent, procrastiner, c’est agir.
Mais agir en faisant quoi?
Mon expérience des derniers jours me l’a prouvé : on peut procrastiner d’une multitude de manières, mais elles se déclinent en trois catégories principales. La première consiste à accomplir des tâches ménagères soit banales, comme faire le lit et passer le balai, soit grandioses, comme laver la poubelle extérieure ou encore repeindre ce petit endroit spécial mais souvent négligé qui se cache derrière la cuvette des toilettes.
La deuxième catégorie de procrastination appartient au domaine social. Au moment d’accomplir le travail auquel nous sommes tenus, nous nous apercevons soudain que nous avons négligé notre famille, nos amis, nos connaissances et nos contacts plus ou moins avérés. Une force irrésistible nous pousse alors à garder les enfants avec nous pour aller visiter l’expo des papillons en liberté plutôt que de les envoyer à l’école et écrire notre billet de blogue. Ou alors, nous vaquons sur Facebook et Twitter où, c’est fait exprès, il se passe toujours quelque chose, et nous nous laissons emporter dans le tourbillon confortable des « actualités récentes » et des #jeudiconfessions.
Finalement, la troisième méthode de procrastination (mais non la moindre) consiste à travailler, mais sur autre chose que sur la tâche que nous considérons comme la plus urgente. Plutôt que d’écrire un billet de blogue, il s’agira alors de prendre des notes pour un passage à la radio, de remplir un formulaire longtemps négligé ou même de ramasser nos papiers afin de faire nos impôts. Cette semaine, j’ai fait les trois!
Remarquons en terminant que les procrastinations de type 1 et 3 sont en quelque sorte des procrastinations de second ordre, puisque procrastiner nous amène à accomplir des tâches que nous n’avions pas faites jusque-là pour cause de procrastination.
Je viens donc de prouver scientifiquement et hors de tout doute que la procrastination est une merveilleuse ruse de la nature qui nous pousse, finalement, à faire tout ce qu’on doit faire en ayant l’impression d’en passer une petite vite à nos obligations.
Sur ce, bon week-end, et rendez-vous la semaine prochaine… tôt ou tard.
Publié le 19 mars 2010 dans: Porte-Parole
Auteure des Chroniques d'une mère indigne, tome 1 et 2, et porte-parole du Grand Prix Littéraire Archambault ainsi que du Grand Prix de la Relève Littéraire Archambault.
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