L'excitation

23 septembre 2009 | par Mathieu Fortin
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Comment on se sent la date de la sortie de notre nouveau livre?

Je suis fébrile depuis ce matin. Je sais, je sais, ça fait déjà une semaine que je l'ai entre les mains, mon nouveau petit bébé adoré. Il est petit, il ne pleure pas, il est déjà propre et fait ses nuits. Et il se retrouve aujourd'hui en librairie.

Je sais, vous allez vous dire: "Oh la la, il nous fait le coup de l'autopromo!" Non. En fait, oui et non. Mon but n'est pas tant de parler du livre que des sentiments qui l'accompagnent. Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'on publie un livre. Juste à penser que la prochaine fois que je vais mettre les pieds dans une librairie, je risque de le croiser, j'en ai des frissons.

C'est qu'écrire un livre représente une somme de travail colossale, tous en conviendront. Du moment où l'idée naît, cette idée qui nous fait dire: oui, j'ai enfin trouvé ce que je vais raconter! jusqu'au moment de voir le livre en librairie, dans un coin sombre et poussiéreux si on ne s'appelle pas Stephen King ou Patrick Senécal, c'est des litres de sueur, plusieurs lectures, des heures devant l'écran d'ordi à s'abimer les yeux, à se casser la tête pour savoir comment faire agir les personnages, choisir les bonnes scènes, bien doser l'action, etc.

Recevoir des copies d'auteur, c'est tripant. Les mains qui tremblent, l'émotion au travers de la gorge, on prend le premier exemplaire sur le dessus de la pile et on le touche comme si c'était un chaton à peine accouché par sa mère, en faisait bien attention pour ne pas le friper, y laisser des traces de doigt ou pire, l'échapper tellement l'émotion est grande. On le sent, on le goûterait, si on n'avait pas peur de s'étouffer, on aimerait l'entendre nous dire:"Papa?"

Mais c'est totalement différent de le voir en librairie. Car tout dépend de plusieurs facteurs: il peut même s'écouler des mois entre la réception des copies d'auteur et la vision des exemplaires en librairie. Des mois d'angoisse à s'enrager contre le distributeur, les libraires, Dieu ou les "gros" auteurs qui envahissent les présentoirs et les tablettes bien avant qu'on soit capable de se tailler une place, si minime soit-elle. Alors chaque fois qu'on a l'occasion, on va faire un tour à la librairie du coin dans l'espoir de l'entrevoir. Le coeur battant à tout rompre, vêtu de vêtements qui ne trahissent pas le but de notre quête, nous franchissons les portes avec la même fébrilité, la même hâte le plus possible réfrénée. Sera-t-il là? Aura-t-il été lu? Combien y en a-t-il d'exemplaires? Est-ce que, si je le demande, le commis va googler le titre et tomber sur ma photo, quelque part sur le web, me ridiculisant à coup sûr? Est-ce qu'une connaissance va m'interrompre dans ma recherche, m'empêchant d'aller fouiller au plus vite?

D'autres pensées nous traversent l'esprit: si la librairie était en feu? Si elle était fermée pour cause d'inondation? d'épidémie de H1N1? de multiplication des furoncles causée par des spores dans un livre imprimé en Malaysie? (en passant, vous devriez boycotter les éditeurs québécois qui impriment ailleurs qu'au Québec).

Une fois franchie l'affreuse étape des portes, il faut encore se rendre dans la bonne section. Littérature jeunesse, fantastique, science-fiction, horreur, érotisme, la Pléiade, les guides touristiques... les livres sont souvent très mal classés, que dis-je, certains libraires sont certainement aveugles ou ne lisent pas. Mais il faut les aimer: la plupart font de l'excellent boulot mais ne bénéficient pas de connaissances encyclopédiques.

Et là, enfin devant la bonne section, il faut comprendre le classement: ordre alphabétique? Par auteur? Par maison d'édition? Par collection? Par nom du chien de la voisine de l'auteur? Certaines librairies optent pour une méthode de classement ésotérique, y allant d'un système différent pour chaque section. Mais ce n'est pas bien long de deviner: on cherche les éléments distinctifs sur la tranche. Pas son propre nom, ni son titre: l'élément qui fait qu'on reconnaît le livre, la couleur ou le chiffre, les trucs d'une autre couleur, distinctive.

Et finalement, le joie au coeur, la tête légère et le sourire fendu aux oreilles, on le trouve, notre nouveau bébé, il est là, coincé entre deux livres plus gros, ou plus vendeurs, ou en grande quantité. Mais il est là, il aura la chance d'être un peu peut-être si on chanceux vu par quelqu'un, qui l'achètera.

Et, en faisant semblant de rien, on va le replacer mais de façon à ce qu'il soit plus facile à voir, qu'il ait sa chance, qu'il puisse respirer, vivre, être vu et être lu.

Car c'est comme un enfant: on veut qu'il puisse avoir la meilleure vie possible.

Après tout, c'est pour ça qu'on le pousse hors du nid.

La prochaine fois que vous choisissez un livre à la librairie, pensez-y.

PS: La partie auto-promo, c'est ici: mon nouveau livre, Le Hall des infâmes, est en librairie aujourd'hui. Mais je ne l'ai pas encore vu!

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Pour en savoir plus sur l'actualité de Mathieu Fortin, rendez-vous sur Les Archives du Sanatorium.

Publié le 23 septembre 2009 dans: Jeunesse, Science fiction/horreur

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3 commentaires

Par Soizic le 23 septembre 2009
Bravo pour ce nouvel exploit et bonne continuation!! Il y a de bons très bons auteurs au Québec (même si on n'imprime pas toujours au Québec!)
Par Mathieu Fortin le 23 septembre 2009
Merci beaucoup! Le commentaire sur l'impression, c'était mon petit éditorial du jour. ;)
Par Gen le 06 octobre 2009
Yé! Le démon 404 a recraché le lien :) Ça valait la peine : c'est un excellent billet.

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À propos du blogueur

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Mathieu Fortin

Auteur de romans pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Intervenant auprès des enfants et des adolescents, grand amateur de littérature éclatée, du fantastique sous toutes ses formes. Écrit des romans qui carburent à l'action et aux émotions fortes.

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