
Irrésistible !
Lennon qualifiait cette toune de McCartney de chanson de matante (granny song). Il la méprisait tant qu'il n'a participé à son enregistrement pour l'album Abbey Road, encore qu'on le voit la jouer en répétition dans le film Let It Be. (Sur le sujet de sa non participation à l'enregistrement de MSH, il y a des désaccords historiques entre les témoins, mais j'adopte la version de Geoff Emerick qui était l'ingénieur de son pour nombre d'albums des Beatles, y compris Abbey Road.)
Pourtant, il faut reconnaître à cette chanson le mérite de raconter une solide histoire de bout en bout, et une histoire policière qui plus est. Une toune polar, donc.
Premier couplet : Présentation de la victime, Joan, qui étudie la pataphysique à la maison (déjà on admettra qu'elles sont rares les chansons où l'auteur réussit à y glisser le mot « pataphysical », je ne vois que Neil Peart de Rush qui pourrait y prétendre -- si ce n'est déjà fait).
Deuxième couplet : On nous présente le meurtrier, un étudiant de médecine nommé Maxwell Edison. Il passe un coup de fil à Joan pour l'inviter au cinéma. Quand elle va répondre à la porte, la soirée se termine abruptement pour elle. Maxwell est là avec son marteau d'argent. Bang bang !
Troisième couplet : Comme si de rien n'était, Maxwell est de retour en classe où il fait le guignol au plus grand déplaisir de sa professeure. Elle le met en retenue. Erreur. Au moment où elle lui tourne le dos, Maxwell récidive. Le temps d'un couplet, Maxwell est devenu un meurtrier en série.
Quatrième couplet : Avec un sens de l'ellipse remarquable, on retrouve Maxwell au banc des accusés. Un policier (PC 31) le déclare dangereux, tandis que Rose et Valerie, folles de lui, craquent et réclament en hurlant sa libération. Pas de ça, rétorque le juge. Ce seront ses dernières paroles...
En romancier compositeur judicieux, McCartney ne nous dit pas ce qu'il advient de Maxwell. On peut craindre pour lui, parce qu'assassiner un juge en pleine cour, ça risque de lui coûter cher...
Au final, Maxwell's Silver Hammer est un sing-along simple et guilleret sur un sujet haut-le-coeur. Le couplet final est absolument remarquable; en quelques lignes, l'auteur prête voix à la police, aux groupies du meurtrier, au juge, et remet le couvert pour Maxwell.
À propos de l'orchestration, on notera surtout la présence de la batterie de Ringo, accordée très basse et avec peu de cymbales, typique de sa manière. C'est elle qui impose le rythme et crée, avec le martèlement de l'enclume, le côté irrésistible de cette toune de matantes !
(Dans un prochain billet, je me mouillerai solide et pointerai du doigt les deux pires chansons des Beatles, ainsi que la plus sous-estimée. Pour les pires, il y en a une qui vient immédiatement à l'esprit de tous les fans, quant à l'autre, je vous laisse deviner.)
Publié le 21 février 2012 dans: Rock
Jeune retraité de la STM. Père d'un garçon, né en 2005, qui est ma joie et mon bonheur. Fervent lecteur. Écrivain primé du prix Solaris 1991 pour Maternité noire, une nouvelle de science-fiction.
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