
Un homme se réveille dans un monde qu'il ne reconnait pas. Il n'a aucun souvenir.
Pire il ne sait qui il est, mais tout le monde autour semble le connaître et attendre quelque chose de lui. Mais son éveil est intermittent, il apprend qui il est par bribes, notamment qu'il s'appelle Ryle.
Peu à peu la lumière commence à se faire : il a été un joueur de hockey renommé qui a abandonné un sport malade de violence, c'est la raison pour laquelle on l'adule ici dans ce village. Il porte aussi en lui un secret : il sait où se trouve le ciel bleu. Il l'a vu. Cette connaissance lui confère un statut si important au sein de la communauté qu'on lui pardonne ses « excès ».

Mais Ryle se rend compte d'une autre chose, aux conséquences terrible, le corps qu'il habite, il le partage en alternance avec un autre esprit qui a des vues diamétralement opposées sur comment vivre. Chantage et tordage de bras psychologiques sont au programme !
Le monde dans lequel se réveille Ryle représente pour lui une nouvelle vie, une renaissance dans un monde poqué. Ce qui est peut-être mieux que rien considérant qu'il ne sait même pas d'où il vient. Sa quête personnelle sera interrompue par ses confrontations avec l'autre Ryle, et elle se métamorphosera en une quête plus vaste, qui confronte toute la société, avec poursuites et rebondissements, vers un Éden inaccessible dont il fait croire à tous qu'il possède la clé.
Si j'ai bien compris, ce roman est un texte écrit depuis quelques années, accepté aux Six Brumes après un long délai, retravaillé et publié quelque temps après que la carrière de l'auteur se soit amorcé avec quelques publications remarquées chez Brins d'éternité, Solaris et ici-même aux Mille mots (autopromotion, autopromotion, comme caquetait naguère une diva de ma connaissance). C'est donc le roman de jeunesse d'un jeune auteur. Ce qu'il faut garder à l'esprit.
Noir Azur est un roman touffu et... malheureusement confus. Ce qui frappe au premier chef c'est l'absence de direction claire et bien définie dans l'arc romanesque principal. L'intrigue semble improvisée et se trouve par le fait même déconcertante. Je pense à l'élément « hockey », prometteur, mais abandonné abruptement. Pourquoi alors l'y avoir mis ?
Le roman souffre aussi d'une maniérisme stylitisque agaçant, celui de la répétition de mots ou d'expressions, exemple :
Rester.
Rester.
Rester.
Rester.
Rester.
Rester.
Rester.
Ça crée un effet, certes. Encore faut-il ne pas en abuser, tentation à laquelle l'auteur ne résiste pas. Trop c'est comme pas assez.
Du côté réussite, il faut noter les jolies trouvailles que sont les prénoms commercialisés, la topographie mouvante, les lacs qui pleuvent, la toile sur le ciel... Tout ça crée des éclairs surréalistes et un climat fortement onirique par moments.
Je mets aussi dans la colonne réussite le fait que le personnage principal soit antipathique sans rémission : c'est un salaud, un manipulateur, un type prêt à tout pour se défaire de l'autre Ryle...C'est une idée intéressante, bien rendue.
Noir Azur n'est pas un roman entièrement satisfaisant. On peut penser qu'une direction littéraire plus efficace aurait permis à l'auteur de mieux centrer son roman et d'en resserrer les éléments. Mais, bien sûr, cela relève de l'hypothèse.
On ne peut pas dire que le roman soit raté, même s'il souffre des faiblesses évoquées plus haut, dont la plus sérieuse est l'absence d'une direction bien définie de l'arc dramatique. On pourrait tout aussi bien soutenir que les capacités cognitives du vieux croûton qui écrit ce commentaire ne sont plus tout à fait ce qu'elles étaient. Il n'est pas exclu que je n'aie rien compris à Noir Azur, ce ne serait pas la première fois.
Insatisfaisant ou pas, chacun aura son idée là-dessus. Ce qui est indéniable cependant, c'est qu'on trouve dans ce roman des traces du véritable écrivain que Côté devient petit à petit.
Cote 4,5 / 10
Noir azur - Dave Côté - Six Brumes, 2011 - 176 pages - 13 $
Publié le 27 février 2012 dans: Littérature québécoise
Jeune retraité de la STM. Père d'un garçon, né en 2005, qui est ma joie et mon bonheur. Fervent lecteur. Écrivain primé du prix Solaris 1991 pour Maternité noire, une nouvelle de science-fiction.
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