Denis Côté, l'auteur qui a marqué ma jeunesse...
Souvent, l'été, je prends quelques jours pour relire des romans que j'ai savouré à l'adolescence. Cette lecture est habituellement le moment où je réalise le chemin que j'ai parcouru en tant que lecteur, et en tant qu'auteur aussi, car je détecte des mauvaises formulations, des erreurs, des confusions de point de vue qui m'échappait auparavant. C'est aussi une série de moments remplis de nostalgie, car j'aime bien revivre les aventures avec mes héros préférés, et avec le temps, les romans me réservent encore des surprises, car j'ai oublié des péripéties, des personnages, des rebondissements...
Cette année, cette faste période a été orientée différemment. En préparant mes boîtes de déménagement, j'ai "retrouvé" les livres d'un des auteurs qui, j'avais oublié, était l'un de mes préférés quand j'ai commencé à lire.
Je me souviens des romans que je considère comme mon premier coup de coeur littéraire: une série jeunesse mettant en scène un groupe de pré-ado qui vivait leurs aventures dans leur petite ville. Je ne me souviens que d'une chose: il y avait une rousse dans le lot, et c'était mon personnage préféré. J'étais en sixième année quand un de mes camarades de classe m'a parlé de ces livres et je les ai lus. J'avais donc 11 ans. Je crois bien que j'avais déjà lu des romans, mais je me rappelle avoir apprécié cette lecture comme pas une. Toujours est-il que peu de temps après, je me souviens d'avoir lu des livres de la série Detective Club mettant en vedette Oeil-de-lynx Colin et Annie Adam (chez Héritage Jeunesse; textes: M. Masters, traduction M-A Clermont et Claudine Azoulay), en fait de petits recueils d'énigmes policières dont les solutions, placées en fin de volume, étaient écrites à l'envers et nécessitaient un miroir pour les décoder.
C'est aussi dans cette période que j'ai découvert les deux auteurs qui allaient me faire comprendre que je voulais un jour, moi aussi, écrire des histoires: Daniel Sernine et Denis Côté.
Je n'ai jamais arrêté de lire Sernien, mais cette année, j'ai redécouvert Denis Côté. Je ne me rappelle pas du roman qui me l'a fait découvrir, mais je croirais que la série des Inactifs figure en tête de liste: L'Idole des Inactifs, La révolte des Inactifs et Le retour des Inactifs. Je me souviens du choc que j'avais ressenti à cette lecture. J'avais aimé l'inventivité du concept (les joueurs de hockey, dans un état totalitaire, qui sont considérés comme des sauveurs, sont remplacés par des robots sous forme humaine), le contexte science-fictionnel facile d'accès (c'est de la socio-SF en grande partie). Les problèmes inhérents au chômage provoqué par l'emploi de robots, le fossé grandissant entre les riches et les pauvres, la journaliste Virginia Lynx, très sexy dans ma tête de garçon de douze ans, à la recherche du scandale et qui met sa vie en danger, et qui retrouve, par le plus grand hasard, le meilleur joueur de hockey du monde, qui vit reclus parmi les Inactifs, les rejets de la société. Puis la révolte contre les grands dirigeants de ce monde, vivant dans des stases d'hibernation, ou sous forme hybride comme l'ennemi principal du récit (il me foutait vraiment la trouille). Jusqu'à l'établissement d'un nouvel ordre, les trahisons, les déceptions, puis le grand retour de Michel Lenoir sur la glace, pour démontrer que malgré tout, il est encore le meilleur...
Rien que d'en parler encore, j'en ai des frissons! Le déclic était fait: j'étais devenu un lecteur obsédé, compulsif. Je voulais lire tout ce qu'avait fait cet auteur, et lire toute la collection d'où provenaient ces livres. Mes découvertes suivantes ont été des livres de la même collection : Une plage trop chaude, de Christine Brouillette, et Un mal étrange, de Paul de Grosbois (le deuxième m'avait procuré beaucoup de plaisir de lecture).
Mais j'avais besoin de lire encore plus de Denis Côté. Je me souviens d'avoir mis la main sur Hockeyeurs cybernétiques (éditions Paulines, collection Jeunesse-Pop #48) et d'avoir compris ainsi plusieurs choses sur les Inactifs (HC est le prequel de la série). J'ai aussi, quelques années plus tard, lu la version rééditée par la Courte Échelle comme premier tome de la série (rebaptisé L'arrivée des Inactifs). J'ai aussi lu à ce moment mon premier (je crois) roman d'horreur, soit Terminus Cauchemar (un délire sur les surhommes, les manipulations génétiques, l'eugénisme... ) et j'avais été surpris que l'auteur écrive des trucs aussi différents les uns des autres.
Je crois bien que ma mère m'avait offert, pour mes douze ans, une panoplie de livres de Côté, car j'ai encore, bien identifiés avec ma calligraphie de l'époque, les autres romans que j'ai dévorés à cette époque: ceux de la collection Roman Jeunesse de La Courte Échelle (Les Géants de Blizzard et ceux de la série Maxime)
Je me rappelle que mes autres coups de coeur envers l'auteur ont été L'invisible Puissance et La Pénombre Jaune (je sais que je les ai lus lors de périodes de lectures à la bibliothèque de l'école lors des cours de français; d'ailleurs, les exemplaires que j'ai ont été achetés lors d'une bibliovente). Je me souviens que tout le développement sur les sectes dans L'invisible puissance m'avait impressioné, et que j'ai lu au moins un gros volume de Bob Morane suite à ma lecture de La Pénombre Jaune (un hommage au héros de Henri Verne).
Toutefois , cet été, c'est Nocturne pour Jessie (Québec/Amérique, coll. Littérature Jeunesse, qui a été réédité avec le titre Le chemin de Mirlande, je crois, à la Courte Échelle) que j'ai relu.
Jessie est un jeune homme incarcéré pour avoir dans un centre pour jeunes avec un dénomé Hendrix, dont les deux bras ont été coupés après qu'il ait agressé des policiers qui voulaient l'arrêter dans un parc. Jessie et Hendrix s'évadent et se retrouvent dans la grande ville, où Jessie veut exécuter sa promesse: construire de nouveaux bras robotiques à son ami, pour qu'il puisse jouer de la guitare à nouveau. Or, les deux comparses sont des junkies qui ne peuvent se passer de Mardouk, une drogue prise par les yeux. En manque, les consommateurs de Mardouk ont la sclérotique toute noire. Jessie rencontre alors Ariane, une jeune magicienne qui espère pouvoir aller en Mirlande, le pays où tout est beau, et qui fait de la vraie magie, ce qui impressionne Jessie. Au bout des péripéties, Ariane disparait dans un coffre magique (pensant qu'il le mènera en Mirlande) et Jessie décide d'y aller aussi, ne sachant pas ce qui l'attend dans le coffre où tout disparaît...
À ma relecture, j'ai été frappé par la violence du propos (les bras coupés par les policiers, le besoin de drogue), mais j'ai apprécié le livre pour son audace et la facilité avec laquelle j'entre dans les histoires de Denis Côté.
Bref, je terminerai avec un souhait: que Denis Côté redevienne aussi productif qu'avant (il n'a commis que trop peu de livres depuis une dizaine d'années) et qu'il regagne sa place au panthéon des auteurs de littérature jeunesse et de genre au Québec.
Publié le 29 juin 2009 dans: Littérature, Jeunesse
Auteur de romans pour les enfants, les adolescents et les jeunes adultes. Intervenant auprès des enfants et des adolescents, grand amateur de littérature éclatée, du fantastique sous toutes ses formes. Écrit des romans qui carburent à l'action et aux émotions fortes.
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