
Critique du roman « Les Exilés » de l'auteur Héloïse Côté, publié aux Éditions Alire.
Né en 1979, Héloïse côté fait partie des plus jeunes auteurs publiés par Alire. Elle n’en est pourtant pas à ces premières armes en matière de fantasy : les lecteurs amateurs de ce genre lui doivent la trilogie des Chroniques de l’Hudres (Alire) publiée entre 2004 et 2006, bien accueillie par la critique comme étant de la trempe de Guy Gavriel Kay et George R. R. Martin.
Toujours enraciné dans cette pure tradition de fantasy, Les Exilés dépeint une société déchirée entre les Purs et les Exilés, dominée par les enfants-rois, véritables dictateurs ayant le pouvoir de vie ou de mort sur les habitants du royaume. On compte de plus en plus de pécheurs voués à l’exil dans le désert de l’Abomination de Danar, pour satisfaire l’ire du dieu de l’Orsdan, tous étant marqués au fer rouge d’un ignoble «E».
Depuis un certain temps, de mystérieuses attaques sont perpétrées à l’endroit de l’enfant-roi Christen qui donne comme mission à son jeune serviteur Jan d’aller quérir de l’aide pour assurer sa défense. Sur sa route, Jan rencontre Enrir de Dirdell, membre de la caste des seigneurs, qui revient à la maison suite à vingt ans d’absence pour se venger de Dan-Tepurem, inatteignable Mentor du royaume. Enrir aidera Jan et son maître Christen dans l’espoir de pouvoir s’approcher de son ennemi juré. Mais pendant ce temps rôde la rumeur que les Exilés se préparent à renverser le régime des enfants-rois…
Héloïse Côté offre avec ce roman un habile portrait de l’éternel jeu des pouvoirs qui anime toute société, rappelant la puissance de l’Église sur le peuple dans une époque pas si lointaine de la nôtre (d’ailleurs, le nom de l’enfant-roi Christen fait directement référence à Jésus, l’enfant de Dieu, dans la religion catholique). Les personnages qui animent l’intrigue sont intéressants, autant par leur personnalité complexe que par les doutes qui les tiraillent (par exemple, le jeune Jan qui se questionnera constamment au sujet des Purs et des Exilés, suite à sa rencontre avec Enrir… y a-il vraiment des justes et des pêcheurs dans ce monde?). L’histoire, au départ toute simple, dévoile de surprenantes avenues au fil des pages. Il s’agit ici de fantasy telle que les lecteurs cherchant autre chose que des clones du Seigneur des Anneaux attendent : enfin! Il n’y a pas d’elfes, de nains et toutes ces autres créatures utilisées à des millions de reprises… ni d’élu qui sauvera le monde, muni d’un objet magique! Ici, il n’y a que des êtres prisonniers d’un terrible système punitif. Le style d’écriture de Côté est personnel, mature et rythmé, conviant le lecteur à une aventure dans un redoutable univers dictatorial comme s’il s’agissait d’un thriller. Car oui, à certains moments, j’étais sur le bout de ma chaise, retenant mon souffle.
Oyez, oyez! Lectrices, lecteurs, à la recherche d’un bon roman de fantasy, voici Les Exilés, d’Héloïse Côté, qui nous rassure : il se fait encore de la fantasy de qualité sur le marché!
Publié le 12 janvier 2010 dans: Science fiction/horreur
Auteur d'histoires de peur en romans (Ombres, Nocturne, Cris de Sang, Déguisements à vendre), en novella (La légende de McNeil) et en nouvelles (publiées dans plusieurs revues québécoises). Également critique pour les revues Solaris et Clair/Obscur. Et éditeur pour la maison d'édition Les Six Brumes. http://aveugle ...
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