Solaris n° 173

08 février 2010 | par Richard Tremblay
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Spécial Textes à relais

Sous une couverture colorée montrant le sourire béat d'une jeune exaltée du pinceau venant de recevoir son catalogue Omer De Serres, le 173e numéro de Solaris nous propose deux textes à relais. En passant, vous verriez cette fille sur la rue, vous changeriez immédiatement de trottoir, elle a l'air inquiétant de Glenn Close dans Fatal Attraction, en moins jolie.

Lupercalia de Guillaume Voisine, Pascale Raud, Philippe-Aubert Côté, Ariane Gélinas et Mathieu Fortin. Ça ne se résume pas, parce que ça part dans toutes les directions. Un échec global. Voisine tente de mettre l'histoire sur les rails, Raud de lui donner une dimension psychologique, Côté relance (avec assez de succès) un texte qui n'allait nulle part, Gélinas introduit le viagra et Fortin termine avec force rebondissements et pim pam poum dans la gueule. Totalement disparate. La psychologie des personnages, embarrassante par ses rationalisations et son incohérence, est rédhibitoire en diable.

Terminalia de Francine Pelletier, Daniel Sernine, Jean-Louis Trudel, Esther Rochon et Élisabeth Vonarburg. Ça pourrait se résumer, mais à quoi bon. Les aïeux ont beau avoir un métier incroyable, le résultat de leur concoction forme une masse qui ressemble à du jello toute sorte de couleurs et à peu près aussi savoureux. Pour développer leur histoire, les jeunes loups s'en sont tenu au schéma de base, s'attardant à approfondir la psychologie de Grey; les vieilles savates (expression employée ici avec tout le respect que ces nobles personnes méritent, wink wink), elles, accumulent les personnages, chaque auteur amenant le sien. On en a une vraie cohorte à la fin. Pelletier jette les bases, Sernine (avec la meilleure prestation de toutes) lance véritablement l'histoire, Trudel recentre le texte vers la science, Rochon introduit le point-virgule et Vonarburg réussit à force de double-back-flips à ficeler l'histoire. Ouf.

Les jeunes loups se font pas le poids contre les ancêtres. C'était à prévoir. Les loups ont sous la ceinture un seul roman pour adultes (les 120 pages du Protocole Reston) et quelques dizaines de nouvelles. Les aïeux ont chacun une dizaine de livres pour adultes et, à eux tous, plusieurs milliers de pages publiées.

Chaque fois que Saul meurt de Sylvie Bérard. Un homme raconte à une fillette les circonstances de sa vie et de l'apocalypse qui s'est abattu sur le monde. Est-une pièce de théàtre en un acte ? Un simple monologue avec des indications de mise en scène. La forme même rend le texte statique. Le style de l'auteure a beau être fluide et plein de subtilités, reste que ça demeure un monologue, avec ses redites et ses digressions. Il y a de très beau moments et des passages émouvants, parfois ça semble n'aller nulle part et on s'ennuie un tout petit peu. Aurait gagné à être raccouri de quelques paragraphes. Quand même, mémorable : 8 / 10

Montée de lait : Si je veux m'abonner à une revue qui me propose des textes amateurs, sans direction littéraire, acceptés tel quel, d'une médiocrité consternante, je vais envoyer mon argent ailleurs. J'ai payé le prix pour un abonnement à une revue de qualité et voilà ce que m'envoie Solaris : de la mauvaise littérature, du flattage de bedaines d'auteurs. Des fictions incohérentes, médiocres, inacceptables...

Dans un articulet précédant les textes à relais, Mario Tessier explique que le texte à relais (round-robin) est une tradition anglo-saxonne qui remonte à la nuit des temps en SFF. Fort bien. Ce qu'il omet commodément de dire, c'est qu'à l'âge d'or des magazines et des round-robin, il y avait une pléthore de revues sur le marché, que c'étaient des pulps à 10 cents, et que si le truc n'intéressait pas le lecteur, il y avait suffisamment de matière première sur le marché pour passer outre sans se scandaliser. Et que peut-on ajouter le fait que ce soit une tradition ? En sf et fantastique, il y a aussi une longue tradition pulp de publier des textes minables, mal fichus, médiocre et en-dessous de tout, alors on ne va pas s'y mettre aussi, han. Solaris, c'est pas un pulp, ou alors qu'on le dise.

On fait valoir l'aspect ludique de l'exercice, la célébration de la communauté, patati patata. Bouillie pour les chats. Je paie pour une revue qui me présente des textes de qualité, je casque 30 $ pour ça, c'est quand même pas de la marde, je suis le cochon de consommateur. Si la direction veut se payer du bon temps, qu'elle le fasse en-dehors de la revue. Cet exercice de ludisme et de communauté aurait très pu se produire dans le cadre de Boréal (où il aurait pris tout son sens, non ?) Chaque auteur aurait eu une heure pour écrire son bout d'histoire et, à la fin de la journée, on photocopie l'ensemble, on vend les textes 5 $ la shotte et tout le monde est content. Je les aurais acheté sans rechigner ces deux textes-là. Pour le plaisir et pour encourager. Quand on ne tente pas de me faire prendre des vessies pour des lanternes, je suis bon joueur. Là, dans ce numéro de Solaris, je dis que c'est un abus de confiance. Je me suis fait floué. Pour paraphraser George Carlin : Penches-toi par en avant, consommateur, j'ai une nouveauté à t'introduire dans l'oeil de bronze.

Un dernier mot : Solaris publie quatre numéros par année. C'est, avec Brins d'éternité, la seule revue SFF de niveau professionnel au Québec. Pis là, on assène au lecteur confiant un numéro composé de deux longs textes qui, s'ils avaient été signé par un seul auteur, n'auraient jamais -- JAMAIS -- été publié dans cet état.

Longue montée de lait, largement édulcorée, je vous l'assure. Excusez-la.

Je tiens à souligner que je ne jette le blâme sur personne, ni sur Tessier qui a proposé l'idée, ni sur Champetier et Pettigrew qui l'ont accepté, et surtout pas sur les auteurs qui se sont prêtés au jeu avec plaisir (j'imagine). Je dis seulement que Solaris est le moins bon support pour ce genre de fantaisie.

Note : 2 / 10 (Bérard, la Halak de ce numéro, empêche l'humiliation du zéro).

Publié le 08 février 2010 dans: Littérature québécoise

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À propos du blogueur

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Richard Tremblay

Jeune retraité de la STM. Père d'un garçon, né en 2005, qui est ma joie et mon bonheur. Fervent lecteur. Écrivain primé du prix Solaris 1991 pour Maternité noire, une nouvelle de science-fiction.

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